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Une identification compliquée :
La plupart des crevettes d'eau douce proviennent d'importations sans origine précise et sont souvent
proposées sous des noms fantaisistes dans le commerce de détail. Ainsi, les noms latins sont presque toujours
inconnus des vendeurs, les mêmes noms communs peuvent regrouper plusieurs espèces distinctes et l'origine
géographique est toujours un mystère. Une identification précise des espèces suppose des connaissances
suffisantes sur l'anatomie, avec l'aide d'un bon microscope et de littérature scientifique comparative,
ce qui n'est pas à la portée de tout amateur.
L'objet de cet article est de présenter une synthèse des connaissances de base sur les crevettes d'eau douce,
leur maintenance et leur élevage en aquarium. Si la littérature accessible aux amateurs est assez peu abondante
sur le sujet, des ouvrages et des sites en anglais et en allemand donnent des informations précieuses qui sont
reprises ici à destination des lecteurs francophones. Les références des ouvrages et des sites sont citées en
fin d'article, des liens spécifiques sont disponibles sur les fiches de présentation des différentes
espèces.
Les fiches descriptives consultables sur ce site présentent par ailleurs les caractéristiques plus spécifiques,
les détails sur la maintenance et la reproduction des espèces les plus couramment disponibles sur le marché
aquariophile français.
Anatomie des crevettes :
La constitution générale des crevettes ne diffère pas de celle des autres décapodes (littéralement " à dix pattes ",
qui est caractérisée généralement par un corps séparé en 19 segments, couvert d'une carapace. Chaque segment possède
une paire de membres, bien que ceux-ci soient parfois difficiles à identifier comme tels au premier regard.
Les cinq premières paires sont articulées (ce qui fait bien dix " pattes ") ce sont les péréopodes, les suivantes sont
plus rudimentaires et forment des sortes d'écailles mobiles sous la " queue ".
Les deux premières paires de péréodopes forment souvent des pinces. Ils servent à l'alimentation, ainsi qu'à la défense
contre d'éventuels prédateurs et adversaires et à la pariade autour du partenaire de sexe féminin. Parfois, ces " pinces "
sont couvertes de soies en éventail qui permettent aux crevettes de s'alimenter. Les trois paires suivantes servent au
déplacement au sol Les pléopodes (appendices situées sous la queue et servant à la nage) servent aux femelles à l'accueil
des œufs après la ponte, qui y incubent jusqu'à l'éclosion, chez les mâles, les deux premières paires de pléopodes
remplissent la fonction d'organes de copulation.
Tout le corps des crevettes est recouvert, comme celui de tous les crustacés, par une carapace de chitine rigide,
aussi appelée exosquelette. Pour pouvoir grandir, la crevette doit se débarrasser régulièrement de cet exosquelette
solide devenu trop étroit. Avant la mue, une nouvelle carapace molle se forme sous la vieille carapace. Pendant le
processus de mue relativement court, l'animal sort de l'ancienne carapace. La nouvelle peau est encore molle et a besoin
d'un certain temps avant de durcir complètement et de devenir aussi solide que la précédente. Pendant cette période les
crevettes sont particulièrement vulnérables sans cette protection naturelle, et restent généralement cachées en attendant
que leur carapace ait durci. La vieille carapace vide est abandonnée (c'est l'exuvie) et fait peur souvent à l'aquariophile
inexpérimenté qui pense découvrir un animal mort.
Reproduction et croissance :
La croissance des jeunes crevettes passe par de nombreux stades larvaires avant
d'aboutir à une crevette " finie ", qui ressemble à l'adulte en miniature. De
l'oeuf fécondé apparaît initialement une nauplie (comme pour Artemia Salina qui
est aussi un crustacé), qui passe par les stades de protozoé, zoé, et post-
larve. Les différentes espèces ont développé des stratégies de reproduction et
de croissance des larves différentes selon leur habitat d'origine.
Pour toutes
les espèces présentées ici, les oeufs fécondés sont fixés par la femelle à ses
pléopodes et sont protégés ainsi par l'abdomen. Après quelques semaines, les
larves ont déjà passé plusieurs stades de développement et sont prêtes à être
mises à l'eau par la femelle. La plupart des espèces produisent une grande
quantité d'œufs, et les larves libérées dans les eaux douces des rivières
dérivent avec le courant vers l'embouchure des fleuves et poursuivent en eau de
mer ou en eau saumâtre les autres stades de développements. A ce stade, les
larves sont en suspension dans l'eau et font partie du zooplancton. Elles se
nourrissent, en filtrant l'eau, du plancton disponible souvent en quantité
importante dans les zones d'estuaires, les marais des deltas ou les mangroves
côtières. Une fois le développement achevé, la petite crevette alors capable de
marcher et de nager comme les adultes entreprend la remontée des fleuves vers
les eaux douces qui l'on vue naître. Cette stratégie de reproduction est
notamment utilisée par Caridina Japonica, ce qui rend son élevage en captivité
délicat.
Au contraire, certaines espèces assurent presque tout le développement
des larves à l'intérieur de l'œuf, sous l'abdomen de la femelle. Ces espèces
produisent généralement des œufs plus gros, et en plus petit nombre. Après la
conclusion du développement dans l'oeuf, des post-larves sont libérées qui se
transforment rapidement en crevettes juvéniles. Ces espèces se sont souvent
affranchies de cette manière du stade marin de leur développement, c'est le cas
de Caridina Serrata qui peut se reproduire en eau douce sans que ses jeunes
fassent un séjour en eau de mer, ce qui rend sa reproduction en aquarium plus
aisée.
Soins généraux :
Toutes les crevettes réagissent très négativement aux
polluants présents dans l'eau, même à des dosages très bien supportés par la
plupart des poissons.
Le cuivre est, même à très faible dose, un poison mortel
pour les crevettes. Beaucoup d'installations domestiques se composant de tubes
de cuivre, il convient donc de s'assurer que l'eau n'a pas stagné dans les
tuyaux, ou d'utiliser de l'eau osmosée qui devra être reminéralisée, une eau
trop douce étant rarement adaptée à la maintenance des crevettes et des
poissons.
Les médicaments et désinfectants vendus pour l'aquariophilie et
présentés comme " sans danger pour les poissons et les plantes " contiennent du
cuivre, du zinc, et d'autres principes actifs, qui ont des propriétés
antifongiques réelles mais fatales pour les crevettes. Ces produits sont donc à
proscrire lorsque le bac héberge des crevettes, et leur action se prolonge
souvent plusieurs semaines après le traitement. Dans un bac où ce genre de
traitement a été administré, même en filtrant sur charbon actif, les produits
restent présents dans le sol et les filtres. Il est souvent plus sage d'isoler
les poissons malades en bac hôpital que de traiter en bac communautaire.
Les
crevettes ne semblent pas souffrir de maladies particulières en aquarium, si les
conditions sont réunies pour une maintenance optimale.
Les températures de
maintenance varient en fonction des différentes espèces, de 15 à 30°C. Un bon
compromis pour toutes les espèces se situe autour de 24°C. Il semble préférable
d'éviter de trop hautes températures qui, en accélérant le métabolisme des
crevettes en raccourcit considérablement la durée de vie. Toutefois, beaucoup
d'amateurs maintiennent des Caridina Japonica dans des aquariums à Discus, à des
températures oscillant entre 28 et 30°C sans problème.
La dureté de l'eau
variera aussi en fonction de l'origine géographique des espèces. D'une manière
générale, il semble préférable d'éviter les eaux trop douces (un minimum pour
les caridinas se situe vers 5°GH et 3°KH) dans lesquelles les crevettes risquent
de ne pas trouver suffisamment de minéraux pour constituer leur exosquelette et
muer normalement. Ces eaux très douces présentent également le risque de brusque
variation du PH, qui seraient fatales aux crevettes et sans doute aussi aux
autres habitants du bac.
Les crevettes peuvent être associées à tous les
poissons de petite et moyenne taille, non prédateurs et pas trop vifs. Sinon les
crevettes resteront terrées et seront invisibles pour leur propriétaire.
Cependant les plus grandes espèces savent très bien se défendre devant les
poissons trop gênants à l'aide de coups de corps vigoureux ou avec leurs pinces.
Parmi les cohabitations impossibles, les grands cichlidés carnivores qui
prendraient les crevettes pour un complément alimentaire, et les Botias qui sont
spécialisés dans la chasse aux mollusques et crustacés.
La plupart des Caridinas
et Neocaridinas importées proviennent de Chine du sud, de Taïwan et du Japon.
Des Atyopsis sont importées d'Afrique occidentale et d'Asie, Les macrobrachium
proviennent d'Asie d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud.
Bien que tenues
principalement comme détritivores ou consommatrices d'algues, les crevettes
d'eau douce sont surtout omnivores et en aquarium communautaire, en cas de
nourrissage trop important des poissons, elles choisiront les aliments pour
poissons avant les algues ou les détritus. Il n'est ainsi pas rare de voir une
petite caridina dérober un granulé de nourriture sous le nez d'un discus. Dans
un aquarium qui tourne depuis longtemps, avec des algues vertes bien installées,
des détritus de plantes et des restes laissés par les poissons, les crevettes
trouveront à s'alimenter sans qu'une nourriture spécifique leur soit distribuée.
En cas de maintenance dans un bac spécifique ou récemment installé, des
compléments sont possibles sous forme de tablettes pour poissons herbivores par
exemple. D'une manière générale, attention de ne pas suralimenter.
Les principaux genres :
Il existe plus que 20 familles différentes de crevettes, et
plus de 2000 espèces décrites, qui sont pour la plupart inféodées au milieu
maritime. Seules deux familles présentes en eau douce sont maintenues couramment
dans nos aquariums, les Palaemonidae et les Atyidae.
Dans la famille des
Palaemonidae, qui compte quelque 30 espèces différentes, le genre Macrobrachium
est le seul à vivre en eau entièrement douce, contrairement aux espèces des
genres Palaemonetes, Pseudopalaemon et Euryrhynchus également connues par les
aquariophiles marins. Si toutes les espèces évoquées ici passent leur vie adulte
principalement dans l'eau douce, elles ne se sont pas encore entièrement
détachées du mode de vie de leurs ancêtres maritimes et ont souvent besoin d'un
stade larvaire en eau salée ou saumâtre.
Les espèces du genre Macrobrachium sont
reconnaissables à la présence de pinces souvent imposantes, contrairement aux
espèces appartenant à la famille des Atyidae qui en sont dépourvues. La première
paire de pattes des Macrobrachium est donc transformée en pinces, la deuxième
paire est aussi chez certaines espèces très imposante et distinctement plus
longue que les autres pattes. Nous trouvons ici déjà un indice sur le mode
d'alimentation de ces animaux. Les crevettes du genre Macrobrachium sont souvent
considérées comme des opportunistes indifférentes qui se nourrissent d'animaux
morts, de déchets en tous genres, mais aussi selon leur taille, de poissons,
d'escargots ou aussi de plus petits congénères.
La seconde famille répandue en
eau douce, celle des Atyidae, avec également plus de 30 espèces différentes,
présente une morphologie différente. On trouve dans cette famille des crevettes
pouvant mesurer jusqu'à 15 cm, même si la plupart des espèces ne dépassent pas 4
à 5 cm. Les deux premières paires de pattes sont ici aussi utilisées pour se
nourrir, mais elles sont de taille modeste et ne sont que des organes
préhensiles sans danger chez les genres Caridina et Neocaridina. Chez les
crevettes du genre Atyopsis, les deux premières paires de pattes sont couvertes
par des soies que la crevette peut ouvrir en éventail, le plus souvent contre le
courant, pour recueillir les particules alimentaires en suspension dans l'eau.
A
l'intérieur de la famille des Atyidae se trouvent des genres et des espèces
intéressantes, inégalement présentes sur le marché aquariophile (nos voisins
allemands semblent plus amateurs de crevettes pour leurs aquariums, et le choix
est de ce fait plus vaste dans les magasins spécialisés outre-Rhin), avec une
diversité d'espèces souvent proches et à la classification peu claire. C'est le
cas du genre Caridina, connu depuis déjà très longtemps, pour laquelle des
dénominations différentes existent pour une même espèce, avec parfois juste une
mention " sp " suivie d'un nombre, parfois un même individu va être appelé
Caridina ou Neocaridina selon les sources. La taxonomie est donc très mouvante,
et les noms de genres et d'espèces reprises sur ce site sont celles les plus
largement utilisées et connues, les synonymes sont autant que faire se peut
signalés.
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